Le 23 novembre dernier, lors de la session publique de l'Assemblée départementale de l'Hérault, Christophe Morgo, vice-président délégué à l'environnement, a présenté les différentes actions du Département pour préserver le climat, les enjeux, les vulnérabilités et les adaptations propres à l'Hérault. Puis C. Morgo a cédé la parole à Frédéric Laget, directeur de l'association climatologique de l'Hérault, l'ach34, venu partager son analyse des résultats récoltés ces 30 dernières années sur notre territoire.

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L’association climatologique de l’Hérault, l'ach34, est née en 1969 avec le soutien du Département de l’Hérault et la chambre d’agriculture. Elle collecte un grand nombre d’informations climatiques, utilisées dans le monde agricole mais aussi pour les services de l’eau et l’aménagement du territoire. Ci-dessous, les principaux indicateurs du changement climatique, présentés en session publique par Frédéric Laget.

 

Pour accéder aux cartes et diagrammes ci-dessous en meilleure définition, vous pouvez les télécharger ici :

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Avant de commencer, connaissez-vous la différence entre météorologie, climatologie et changement climatique ? Pour faire simple, la météorologie, c’est le temps qu’il va faire dans les 2 à 5 jours à venir ;  la climatologie c’est le temps qu’il a fait dans les 20, 30 50 dernières années ; et le changement climatique, c'est la rupture des équilibres naturels du climat sur des dizaines d’années.

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Dans l’Hérault, il existe plus de 80 stations météos actives. Deux types : les abris météos dans l’environnement avec un pluviomètre manuel, et - depuis les années 90 - des stations automatiques qui enregistrent plusieurs paramètres : pluie, températures, humidité, vent.
Toutes les données intégrées - plus de 80 millions, journalières ou horaires – sont aux normes internationales de météorologie OMM (organisation mondiale de météorologie). Elles peuvent donc être comparées les unes par rapport aux autres à l’échelle mondiale.
L’Hérault est l’un des départements français les plus couverts en climatologie. Du fait de sa topographie et de la bordure littorale, l’Hérault connaît plusieurs "mésoclimats" : une petite unité climatique particulière qui donne une identité climatique au territoire et à ses productions. Les « appellations » sont là pour le confirmer. On a donc huit régions viticoles mésoclimatiques et les zones de montagnes.

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Augmentation des températures moyennes de plus de 1°C à l’échelle du Département de l’Hérault, entre 1971 et 2010 : ce qui affecte l’identité des territoires et oblige les agriculteurs à s’adapter en modifiant déjà leurs pratiques culturales. Depuis les années 80, pratiquement toutes les années sont plus chaudes que la normale. En 2015, on risque de battre le second record de température au niveau de l’Hérault après celles de 2014. Donc les années climatiques sont de plus en plus chaudes, c’est une certitude.
Même si le réchauffement climatique n’est pas quelque chose de linéaire. Le printemps et l’été on a gagné pratiquement 2°C.  Donc une modification des saisons qui se voit ! Au début du printemps en 1990, on avait une année sur deux des températures estivales, c’est-à-dire au-dessus de 25°C.  A partir des années 90, c’est tous les ans qu’on a des températures estivales... Idem, au mois de juin, on constate qu’auparavant il y avait peu de températures au-delà de 35°C, dites extrêmes. Maintenant, une année sur deux, on a ces températures extrêmes.


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La pluviométrie moyenne de Montpellier est de 700 mm, avec une variabilité de 400 à 1400 mm. L’année 2003 est la plus pluvieuse en cumul depuis 1900. Or c’est l’année de la sècheresse et de la canicule… Explications : en 2003, les deux tiers des 1 400 mm sont tombés en moins de 4 jours ! Derrière cette variabilité, les intensités maximales de pluie augmentent. On l’a vu hélas cette année sur Lodève avec des intensités de plus de 200 mm en 2 h ! Or, on est en situation exceptionnelle à partir de 100 mm en 24 h. Les intensités sont sur des périodes de temps très courtes et très localisées, d’où la difficulté de s’adapter et de pouvoir anticiper ces phénomènes. A l'inverse, les périodes de faibles pluies peuvent en climat méditerranéen arriver l'hiver. C’était le cas en 2014, où moins vous avez de pluie en période automnale et hivernale et moins vous avez les réserves en eau suffisantes dans les sols pour passer le cap de l’été. La sècheresse est une réalité en climat méditerranéen.

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Derrière cette variabilité de la pluie, il y a un autre paramètre - peu exploité mais indispensable pour la gestion des espaces verts, celle de l’agriculture - c’est l’évapotranspiration potentielle (ETP) : l’évaporation du sol + la transpiration du végétal. Plus la température est élevée, plus la transpiration du végétal est importante et plus elle a besoin d’eau. Depuis 30 ans, on constate une augmentation de plus de 70 mm de l’ETP tous les 10 ans. 1°C d’augmentation de température, c’est 15% de demande en eau supplémentaire. Donc il y a une nécessité d’adaptation. Depuis les années 2000, on a un développement de l’irrigation viticole au goutte à goutte.

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Cette irrigation est impérativement contrôlée et gérée pour qu’elle soit durable. Elle dépend des conditions climatiques locales, des conditions pédologiques, et aussi de ce que veut faire l’agriculteur. De l’AOC ? De l’IGP ? Ou hors appellation ? Les quantités d’eau nécessaire à la vigne doivent être adaptées. Si on ne les respecte pas, on va rendre la vigne dépendante d’un réseau d’irrigation hors des conditions climatiques méditerranéennes. Il faut une gestion durable de l’eau au risque de modifier l’identité des territoires et donc des appellations.

Dès le 30 novembre, date de début de la COP21, suivez sur herault.fr notre chronique spéciale "climat" : quelles sont les solutions mises en place dans l'Hérault pour limiter l'émission des gaz à effet de serre ?