Pianiste et compositeur, Jean-François Zygel improvise sur les grands classiques. Embarquant chaque été les télespectateurs dans sa "boîte à musique" sur
France 2, il partage sa passion toujours renouvelée pour les grands auteurs.
Et à 20 h, le 10 octobre, il sera
en concert au théâtre Jean-Claude Carrière, au domaine d'O. L'occasion était trop belle de l'interviewer !

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crédits : Thibault Stipal / Naïve

 

A 28 ans, vous raflez 10 premiers Prix au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Mais on ne connaît pas bien votre parcours de jeune musicien. Quel apprenti pianiste étiez-vous ? A la fois passionné et indiscipliné ! En effet dès l'âge de huit ans, impressionné par un petit film intitulé "Mozart, le jeune prodige" que l'instituteur nous avait projeté en classe, j'ai décidé que je serai musicien comme lui... Dans ce film, à chaque fois que Mozart se mettait au piano, tout le monde s'extasiait et le couvrait de baisers. J'en ai conclu tout naturellement que, pour être sûr d'être aimé, il fallait devenir musicien !

L’improvisation est un grand « classique » en Jazz, moins en Classique justement… alors qu’historiquement l’impro y est apparue bien avant que le jazz ne voit le jour au début du XXe siècle. Pourquoi selon vous ? L’enseignement Classique y est-il pour quelque chose ?
Vous mettez le doigt sur un problème important dans l'enseignement de la musique classique.
Au XVIIe siècle, au XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, tous les musiciens savaient improviser. Les instrumentistes étaient tous capables de lire une partition, mais aussi de l'ornementer à leur manière, de faire des variations ou de se lancer dans un solo improvisé. Les compositeurs tels que Bach, Mozart, Beethoven etc. étaient d'excellents interprètes, mais aussi des virtuoses de l'improvisation. Mais à la fin du XIXe siècle, le répertoire à jouer était devenu tellement important que l'on a cessé d'enseigner l'improvisation.
La situation actuelle n'est pour moi pas satisfaisante. Il faut absolument que, lorsqu'un enfant s'inscrit dans un conservatoire pour apprendre à jouer d'un instrument, on lui apprenne à jouer non seulement avec les yeux... mais aussi avec les oreilles !

Faut-il être « virtuose » pour se lancer dans l’improvisation musicale ? Et nécessairement musicien pour l’apprécier ?
L'improvisation peut effectivement être très virtuose. Liszt impressionnait beaucoup son auditoire par sa virtuosité pianistique, ou dans le domaine du jazz quelqu'un comme Art Tatum par exemple. Mais certains improvisateurs nous touchent et nous émeuvent par leur sens mélodique, la beauté de leurs harmonies, la délicatesse et la variété de leurs sonorités. Il y a plusieurs manières de faire de la musique !
Et pour répondre à votre seconde question... il y a plusieurs manières de l'écouter !
Certains sont surtout sensibles à la pulsation rythmique, d'autres à la mélodie. Les plus attentifs apprécient la construction du morceau, la manière dont les idées s’enchaînent, se transforment ou se superposent.
Enfin il y a la magie de l'harmonie, c'est-à-dire l'art des accords et de leur enchaînement.

Qu’est-ce qui guide votre improvisation : votre oreille, vos émotions, votre maîtrise de la théorie musicale ?
Les trois, mon général ! Mais plutôt que "théorie musicale", je dirais que la connaissance du langage de la musique est indispensable pour improviser. Auriez-vous l'idée de demander à quelqu'un d'improviser un discours dans une langue qu'il ne connaît pas ? L'inspiration, l'émotion sont des moteurs secrets, mystérieux. Sans eux, sans l'élan qu'ils donnent à la musique et au jeu instrumental, le public n'est pas touché par ce qu'il entend.

Avez-vous déjà songé à pratiquer un autre instrument que le piano ?
En dehors de la flûte à bec vous voulez dire ? Je ne crois pas qu'il soit possible de pratiquer à un haut niveau plusieurs instruments, à moins qu'ils ne soient de la même famille naturellement. Ainsi certains violonistes jouent également de l'alto, certains saxophonistes de la clarinette, etc.
Pour certains concerts j'aime bien pour ma part avoir quelques claviers plus "exotiques" à ma disposition, comme le célesta ou le Fender Rhodes.

Enseignez-vous toujours la musique ? Qu’en tirez-vous personnellement ?
J'ai créé il y a une dizaine d'années la classe d'improvisation au piano au Conservatoire de Paris. J'aime beaucoup mes élèves. Ils m'énervent souvent, mais je ne pourrais pas vivre sans eux.
Et puis il y a mes émissions d'été à la télévision, qui sont une forme d'enseignement "grand public" d'une certaine façon.

Le dernier concert en tant que spectateur qui vous ait donné des frissons ?
Un récital solo du pianiste Nicholas Angelich, au mois d'août dernier, à Calenzana, en Corse. Pourtant il n'a pas improvisé...
Mais il a joué Beethoven et Schumann comme s'il improvisait : j'avais beau connaître par cœur les pièces qu'il interprétait, j'avais l'impression d'entendre ces deux compositeurs improviser devant moi !

Quelle aventure musicale inassouvie rêveriez-vous de réaliser ?
Composer un opéra... et qu'il ait du succès !

Et sinon… Vous aimez le rock ?
Il y a une belle énergie dans le rock et certains de ses musiciens ont incontestablement du génie.
Mais c'est de la musique trop simple, trop "premier degré" à mon goût.