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"Parler à la place de Gainsbourg, c’est un cadeau !" Michel Piccoli

À 88 ans, Michel Piccoli, monstre sacré du 7ème art, prend toujours autant de plaisir à tourner et à dire des poèmes. Amoureux de Gainsbourg,  il a tout de suite dit oui pour lire au Printemps des comédiens des textes du poète chanteur.

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Comment est né ce projet de lecture à trois voix  avec Jane Birkin et Hervé Pierre de la Comédie-Française ?

L’idée de lire des textes de Gainsbourg a été suggérée à Jane Birkin en novembre 2013. Elle a accepté, à condition de ne pas être seule et de partager avec des gens qu’elle aime, et quand on lui a demandé avec qui, elle a aussitôt répondu : avec Hervé et Michel. Et j’ai dit oui tout de suite ! C’était un événement étonnant. J’étais très impressionné de faire ce nouveau travail, mais lire à haute voix des textes de Serge, c’est un cadeau ! On est dans une sorte de grâce et de plaisir total.

Que représente Gainsbourg pour vous ?

C’est l’homme le plus luxueux et le plus extraordinaire que j’ai rencontré. Gainsbourg était profondément discret, profondément hésitant, profondément inquiet. C’était un personnage double. De temps en temps, il devenait fou délirant, pouvait faire des farces fabuleuses mais il revenait tout de suite avec délicatesse pour vivre comme tout le monde, et heureusement pour nous, il n’y arrivait pas ! J’aimais énormément Gainsbourg. On habitait la même rue à Paris, on se croisait souvent, on s’entendait très bien, je connaissais sa vraie séduction profonde, son élégance.  Il avait beau être très célèbre, il aimait la solitude et la discrétion.

Comment entrez-vous dans les textes de Gainsbourg ?  

C’est à la fois intimidant et émouvant de rentrer dans le secret de quelqu’un. J’ai plus joué en parlant dans ma vie qu’en chantant, donc je me sens très à l’aise de lire les chansons de Serge. Je lis dans ses pensées, dans son humour, dans sa timidité. Il y a une complicité entre lui et moi. Mais il ne faut surtout pas le parodier ; personne n’aurait le mauvais goût de copier Gainsbourg. Ce serait prétentieux et paresseux. Il faut travailler, dire ses textes avec sa propre émotion. C’est très passionnant et inquiétant aussi. On s’interroge sur la façon dont les autres vont lire et comment on va enchaîner. C’est à chaque fois une invention, c’est très différent du jeu au théâtre ou devant la caméra.

Quel est votre texte préféré ?

Je ne saurais vous dire. Je ne veux pas choisir. Et dans cette lecture à trois voix, il ne faut pas avoir de préférence, ne pas entrer en compétition avec les autres. Il faut juste se régaler des textes et s’émouvoir de parler à la place de Gainsbourg.

Vous avez dit un jour, "je ne veux pas être un comédien solennel". Vous n’êtes pas non plus un lecteur solennel ?

Surtout pas ! C’est très spontané, mais je m’excite à être un autre, à ne pas être moi. J’essaye d’aller plus loin que Gainsbourg qui était très timide, même devant ses propres textes. Il pouvait lire de façon très froide. Il faut se laisser porter par la séduction que nous apporte l’auteur, guider par sa propre imagination aussi, même si on connaît les textes par cœur.  
Si Gainsbourg était vivant, comment pensez-vous qu’il réagirait à ce spectacle ?
Il serait très intimidé, étonné et inquiet. Gainsbourg était un homme libre, plein d’autorité, de culot, d’intelligence, de réussite, mais c’était quelqu’un qui restait très attentif à ne pas tomber dans la crânerie. Il était plein de questionnements sur ce qu’il faisait. C’était un jouisseur inquiet !

Qu’apporte la musique aux textes lus ?

Les textes sont accompagnés par le piano sur des musiques choisies par Jane Birkin. Cela donne pour le public une écoute supérieure à une simple voix. En lisant, j’écoute la musique, mais je l’oublie, je ne veux pas la suivre, je ne suis pas musicien. Le lecteur doit juste être en osmose, mais dans son rythme.

Est-ce que vous chantez des chansons de Gainsbourg ?

Non ! D’ailleurs je ne chante jamais, je ne fredonne pas non plus. J’aime écouter, mais je n’aime pas chanter. J’ai trop de timidité pour faire cela. C’est très douloureux parfois de s’écouter ! Et j’aime mieux me souvenir de Gainsbourg que de l’imiter.

Ecoutez-vous ses chansons ?

Non ! Je n’écoute jamais de musique chez moi, car c’est impossible. Si on met le son trop fort, cela dérange les voisins au-dessus et en-dessous ! Et si on met trop faible, cela ne me plait pas. La musique est belle quand elle est forte.
Si vous deviez comparer Gainsbourg à un autre poète ?
Gainsbourg, c’est Gainsbourg. C’est personne d’autre.

D’autres lectures à venir, des projets de films ?

Je viens de tourner dans un court métrage. D’autres projets cinématographiques sont en cours, je verrai en fonction des propositions. Comme réalisateur, j’ai fait trois films, ce n’est pas suffisant et je regrette de ne pas en avoir fait plus. Mais c’est trop tard. Le théâtre j’en ai tellement fait, je crois aussi que c’est fini, bien que rien ne soit définitif ! En revanche les lectures, j’espère continuer, c’est une très grande liberté et beaucoup de plaisir.

Le 22 juin, amphithéâtre d’O, 22 h

Infos et résa : www.printempsdescomediens.com et 04 67 63 66 66