Curieuse et passionnée, l’éclat de rire facile, le coup de gueule tout autant. Rencontre avec Judith Magre à l’occasion de la première de « Rose », à Villeneuve-les-Maguelone.

De Marie-Chantal, l’aristo guindée créée par Jacques Chazot, à Claude Lanzmann, réalisateur dont elle fut l’une des égéries, en passant par la compagnie Renaud-Barrault, il y a un grand écart... que franchit allégrement Judith Magre. A 85 printemps, la comédienne ne cesse de se lancer dans de nouvelles aventures scéniques.

Judith_Magre_photo-web.JPGQu’est-ce qui vous a séduit dans cette pièce et dans le personnage de Rose ?
Rien de particulier. Thierry Harcourt et moi avions envie de travailler ensemble depuis longtemps. Les envies naissent des projets que l’on m’apporte et de ceux qui me les proposent. Une pièce me plaît ou pas. Je la joue parce que des éléments dans le thème, le personnage trouvent une résonance en moi, mais cela n’est pas simple à expliquer et dépend de tout un contexte. Les comédiens ne sont pas grand chose… des amibes qui prennent la couleur de ce qui les entoure et deviennent ce qu'ils sont en train de raconter.

Etes-vous plutôt théâtre ou plutôt cinéma ? Comédie ou tragédie ?
Ce qui m’importe, c’est de jouer. J'aime à la fois rire et pleurer. Chaque fois que je me suis engagée dans un film ou une pièce, j’ai toujours eu plaisir à le faire et je ne renie rien. Mais en tous cas, je n'ai jamais eu au cinéma l'équivalent des rôles que le théâtre m’a offert.

Vous avez débuté sur les planches à 18 ans… Avec l’accord de vos parents ?
Je ne leur ai pas demandé la permission ! Mes parents étaient des gens très bien mais à sept ans, je faisais déjà les quatre cents coups… Ils n’avaient pas besoin de ça en plus. Après avoir coupé les ponts pendant un certain temps, nous nous sommes retrouvés.

Quels ont été les grands moments de votre carrière, vos meilleurs et vos pires souvenirs ?
Les temps forts de ma carrière demeurent tous ces jours de première où je crois que je vais mourir de trac et où je ressuscite quand même. Je n’ai pas de souvenirs car je ne me penche jamais sur mon passé. S’il s’agit d’épisodes agréables, on risque de les regretter parce qu’ils se sont envolés. Et s’ils ont été pénibles, cela ne vaut pas la peine d’y revenir.

La reconnaissance des professionnels par le biais de vos trois Molières et l’amour du public, cela compte beaucoup pour vous ?
Les récompenses constituent des moments très joyeux mais je ne les mérite pas plus que cinquante autres comédiens. Quant à l’affection du public… Qui n’a pas envie de plaire, quelque soit son métier : j’imagine mal un boulanger confectionner un gâteau en espérant que les gens le trouveront mauvais.

Rentrée d’un tournage avec Carine Tardieu, vous entamez une tournée : n’avez-vous pas envie de lever le pied ?
Que voulez-vous que je fasse si je ne joue pas ? Je ne sais rien faire d’autre ! N’ayant jamais joué une pièce qui tienne trois mille représentations, je n’éprouve aucune lassitude. J’aime l’atmosphère et les gens du théâtre. Tout cela m’intéresse infiniment plus que de visiter une église ou de contempler des palmiers, alors je ne prends pas de vacances. Ce qui ne signifie pas que je n’y trouve aucun agrément mais je n’apprécie les choses qu’en fonction du théâtre.

Que peut-on vous souhaiter ?
Des rôles !

 


Actualité
Judith Magre dans « Rose » le 2 décembre à 20 h 30 à Villeneuve-lès-Maguelone
Rose n’est pas une femme comme les autres. Rescapée du ghetto de Varsovie, cette grand-mère ashkénaze est aussi une femme moderne, amoureuse et passionnée qui nous entraîne de son Stetl en Russie à Miami Beach, de sa fuite à bord de l’Exodus au conflit actuel au Moyen Orient. Un récit intime, touchant et plein d’humour. Un texte fort et ancré dans l’actualité qui a été nominé dans la catégorie « meilleure nouvelle pièce » aux Laurence Olivier Awards en 2000. Après la première de ce monologue de Martin Sherman, mis en scène par Thierry Harcourt et en lumières par Jacques Rouveyrollis, Judith Magre entamera une tournée qui se terminera au théâtre de la Pépinière à Paris en janvier 2012.
Tarif : 15€ (famille, étudiant, jeune 12/20 ans : 12€, - de 12 ans : 8€)
Réservations au 04 67 69 58 00. Ou en ligne : www.theatre-maguelone.fr